Assemblée publique du 8 mai 2022 au Théâtre de la Commune

19/04/2022

Ce n’est pas la guerre qui donne un droit, c’est la vie qui donne un droit

La guerre en Ukraine, ce n’est pas seulement une guerre entre Ukraine et Russie, c’est une guerre très dangereuse pour l’ensemble du monde. Cette guerre doit s’arrêter. Il est possible de mettre fin à cette guerre autrement que par la voie des armes. Pour cela, il faut des négociations. Les sanctions, ça diminue les forces du côté russe, mais ça ne terminera pas la guerre. Et les sanctions se retournent déjà contre toutes les populations pauvres du monde. Les prix du gaz et de la nourriture vont augmenter d’ici jusqu’en Afrique.

Le gouvernement ukrainien voulait faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN. Poutine a agressé l’Ukraine parce qu’il ne voulait pas que l’OTAN, installé dans la plupart des pays qui bordent la Russie, puisse achever ainsi le blocage des frontières russes. Pour que la guerre s’arrête, il faut reculer sur ce qui a été la cause de la guerre : il faut que le gouvernement ukrainien recule sur l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN. Ce qu’il voulait faire, c’est une chose, ce qu’il pouvait faire, c’en est une autre. Si tu diriges un pays, tu dois protéger ta population, pas faire n’importe quoi qui amène la guerre. Si tu veux sauver la vie des gens, tu ne continues pas en réclamant des armes et des sanctions. Les armements et les sanctions, cela détruit. On n’accepte pas non plus la politique de puissance de Poutine : si Zelensky recule sur l’OTAN, l’armée russe doit cesser de bombarder et quitter immédiatement l’Ukraine.

Biden devrait parler à Zelensky pour qu’il négocie, mais il ne le fait pas, et les gouvernements européens non plus ne le font pas. Plus la guerre dure, plus ils espèrent que Poutine et la Russie vont s’affaiblir. C’est leur vrai but, et la population ukrainienne en paie très cher le prix. Le monde doit rester calme, on ne doit pas mettre en danger des millions de gens à cause du gouvernement d’un seul pays. Il faut des négociations.

En France, tous les discours politiques vont dans le même sens : il n’y aurait pas d’autre solution que la guerre. Il y a aussi un courant qui soutient qu’aucune paix n’est possible, et ce courant est prêt à soutenir les demandes aventuristes et irresponsables de Zelensky pour que l’Europe entre dans la guerre.  L’accueil donné aux Ukrainiens, c’est une démarche qui est organisée et autorisée par l’Etat dans le but d’enfermer les gens dans l’idée de la guerre nécessaire. Ce que vivent les Ukrainiens est affreux, on est tristes pour eux et prêts à les accueillir. Mais ce qu’ils vivent n’est pas particulier. Tous les gens qui se déplacent actuellement dans le monde n’ont pas le choix. Un jour, ils ont dû décider de partir. Beaucoup de pays vivent cela, depuis longtemps, et si on parle de guerre, en France on n’a pas accueilli de cette manière ni les Ivoiriens, ni les Syriens, ni les Erythréens ou les Afghans, loin s’en faut !

Des milliers d’êtres humains sont obligés de quitter leur maison, leur pays, leur famille aussi parfois : c’est une réalité de notre monde, ce n’est pas une exception. La guerre est une des raisons, pas la seule, il y a d’autres raisons, qui sont tout aussi valables parce que, comme la guerre, elles rendent impossible de vivre : pensez à la faim, à l’absence de travail et de futur, aux changements du climat, aux persécutions politiques, religieuses, ou familiales, aux problèmes de soins. Dans tous les cas, pour nous ce n’est pas la guerre qui donne un droit, c’est la vie qui donne un droit.

Et ne soyons pas si contents de nous ! Hors de l’Europe, il y a beaucoup de gens pour souligner à quel point le traitement réservé aux Ukrainiens et celui réservé aux autres réfugiés et déplacés, cela fait deux poids deux mesures.

En 2001, au moment de la guerre dans l’ex-Yougoslavie, l’Europe avait adopté une Directive « protection temporaire », jamais appliquée. Cette directive permet de donner accès au travail, à un hébergement (ou à une aide financière pour en trouver), à l’aide sociale, aux soins médicaux, à l’éducation et au maintien de l’unité familiale. Beaucoup de gens se demandent, comme nous, pourquoi cet accord européen de 2001 n’est pas appliqué également à tous les émigrants qui arrivent en Europe.

Si on se sent touchés par ce que vivent les Ukrainiens, alors l’accueil qui leur est accordé sur cette base ne peut pas être limité à eux seuls, il doit être étendu à tous ceux et celles qui en ont besoin. Il y a des gens ici qui travaillent dur depuis leur arrivée, dont la présence et le travail sont à la base de l’existence de ce pays, et à qui l’autorisation de travailler est refusée. Depuis 2001, combien de gens vivent ainsi, dans des conditions qui ne sont pas bonnes, sans pouvoir construire leur vie ? Obligés de travailler non déclarés, même voir un médecin et se soigner est difficile pour eux. Il faut un rattrapage pour tous ces gens. Et pour ceux et celles qui arrivent, arrêter le « tri » par les demandes d’asile et reconnaître qu’il faut donner à toutes ces personnes l’autorisation de travailler immédiate et pour 3 ans, de mettre leurs enfants à l’école, et de se soigner. C’est à cette condition seulement qu’on agira dans un esprit de paix et pour la paix ici-même.

Au-delà d’un droit qui doit être le même pour tous, la présence de gens nouveaux qui arrivent doit être considérée comme une chance, pour nous dont les vies sont fatiguées, ici où beaucoup de choses bonnes pour tous sont détruites. Ce n’est pas de générosité dont les gens qui arrivent ont besoin, ils ont besoin que leur vie empêchée chez eux ne le soit pas ici, ils ont besoin qu’un espace leur soit donné où ils puissent construire une vie et développer le pays avec nous. Ces personnes ont une force incroyable, parce qu’elles ont dû décider de leur destin, et traverser pour cela de grandes épreuves. Leur ouvrir une porte de bonheur, c’est rouvrir aussi la question d’un bonheur possible pour nous tous.

La situation de guerre en Ukraine n’efface pas la situation en France : les Zemmour/Le Pen, qui appellent ouvertement à entrer en guerre contre une partie de la population, contre les personnes de religion musulmane, ciblées comme devant être pourchassées et privées des droits de tous. C’est proprement monstrueux, de s’en prendre ainsi à des personnes qui sont installées ici, des familles qui ont des enfants nés ici, qui vivent et travaillent ici, et qui participent, comme chacun d’entre nous, à l’existence de ce pays. Nous ne voulons pas de guerre internationale mais pas de guerre intérieure non plus.

Finalement, la situation actuelle nous pose à tous une question, et elle la pose de façon très nette, très radicale. Cette question, c’est : est-ce qu’on considère qu’il n’y a qu’une seule humanité ? Ou est-ce qu’on entre dans la vision monstrueuse dont les Zemmour et Le Pen sont les chefs de file ? Des positions extrêmes, qui rôdent partout, alors même qu’elles reviennent à décréter qu’il y aurait deux humanités : une humanité supérieure, qui a le droit de vivre et qu’il faut accueillir ; et une humanité inférieure, qui peut bien vivre et travailler hors de tout droits, parce que c’est le droit de vivre qu’on ne lui reconnaît pas.

Déclaration de l’Ecole des Actes en date du 16 avril 2022

NI POUTINE, NI OTAN
Dimanche le 8 Mai 2022 à 15h
2 rue Edouard Poisson à AUBERVILLIERS, bus 150 ou 170, arrêt André Karman