À propos - école des actesÀ propos - école des actes

L’École des Actes est une micro-institution culturelle expérimentale et militante. Elle a ouvert ses portes dans le quartier de Fort d’Aubervilliers début 2017, à l’initiative du Théâtre de la Commune et de sa directrice Marie-José Malis. Elle contribue à inscrire le théâtre dans le tempo de la ville, à réfléchir aux liens entre la population qui y vit et l’art qui s’y invente. Elle est un lieu de rencontre entre des jeunesses qui ne se rencontrent pas ou trop peu : celle des quartiers de pauvreté, celle des immigrants cherchant de nouveaux lieux où vivre, et celle des artistes, des intellectuels et des étudiants – ces groupes étant évidemment non-exclusifs les uns des autres. Ces rencontres s’articulent dans le travail sur les langues, dans la pratique artistique et lors d’Assemblées qui ont inventé une une méthode d’investigation construite sur la longue discussion à partir de l’expérience des participants, ouvrant à des hypothèses nouvelles sur des questions brûlantes de la vie collective ici, et du monde.

SES ACTIONS - LES ATELIERS (LANGUE, DROIT, SCIENCES SOCIALES ET PRATIQUES ARTISTIQUES)

1. Le travail sur les langues
Un grand désir d’apprendre la langue française s’étant formulé lors de la préfiguration de l’École, l’enseignement linguistique est au cœur de l’École des Actes. Délibérément, il ne se constitue pas avec des méthodes de pédagogie déjà existantes. Les groupes se sont organisés de la manière suivante : groupe des « lecteurs » (celles et ceux qui savent déjà bien déchiffrer, et veulent mieux comprendre ce qu’ils lisent), groupe des « écrivains » (celles et ceux qui veulent mieux écrire pour formuler leurs pensées), groupe des « mains trop rapides » (celles et ceux qui souhaitent apprendre à organiser leur écriture dans l’espace), groupe des « débrouillards » (celles et ceux qui jusqu’à présent se sont débrouillés avec les mots, sans jamais avoir appris à l’école), groupe des « minuscules » (celles et ceux qui veulent apprendre à écrire en lettres minuscules ou « attachées »). Ces noms de groupes sont fixés suite aux désirs formulés par les premiers participants de l’École. Les textes utilisés pour les ateliers de français sont des textes préparant l’Assemblée.

La langue anglaise permet de travailler avec des personnes venant d’Érythrée, du Bangladesh, d’Inde, d’Afghanistan. Un atelier d’anglais répond à une forte demande de pratiquer cette langue.

2. La permanence et le droit
Les « permanences » de l’École des Actes permettent aux participants d’aborder une question dans le détail, lors d’un rendez-vous en tête à tête. L’objectif de ces permanences n’est pas uniquement d’apporter une aide juridique et sociale aux personnes, mais bien de pouvoir comprendre les questions et problèmes auxquels les gens sont confrontés, afin de mieux proposer de nouvelles idées et solutions d’organisation globale. L’une des questions importantes de ces permanences est la façon dont les situations individuelles des participants peuvent devenir l’objet d’une question collective et commune.
Aussi, une avocate propose un atelier du droit, une fois par semaine, au cours duquel des questions juridiques plus précises sont soulevées à partir des enquêtes menées sur les situations individuelles des participants et les questions légales qui y sont liées. Le point principal de cet atelier n’est pas prioritairement de résoudre les situations juridiques urgentes des participants, mais d’ouvrir une nouvelle orientation pour le travail juridique.

3. Pratiques artistiques et sciences sociales
Comme pour les autres ateliers, les pratiques artistiques sont initiées par les participants eux-mêmes et répondent à des désirs ou besoins formulés.
La pratique du théâtre est sur un régime particulier : en lien avec Théâtre de la Commune, structure fondatrice de l’École des Actes, elle est proposée aux participants dans un lieu hors de l’École, toute l’année : le laboratoire pour des acteurs nouveaux. Le laboratoire a été créé en novembre 2018. C’est une permanence d’ateliers de théâtre (gratuits) ouverte 4 soirs par semaine, du lundi au jeudi de 18h à 21h à la salle des Quatre-Chemins. Ici, se rencontrent des gens d’horizons et de parcours très différents, qui apprennent les uns des autres par la pratique du théâtre. Il est mené par les artistes associés à la Commune et d’autres qui lui sont proches. Son mot d’ordre est : ceux qui ne pratiquaient pas le théâtre, les acteurs nouveaux, peuvent aider les artistes à le penser et à l’exercer différemment. Chaque semaine, une question est adressée au théâtre : de quels récits sommes-nous dépositaires ? Un théâtre allégorique aujourd’hui : comment jouer une idée ? Le jeu grotesque : comment user du faux pour faire surgir le vrai ? Quel théâtre populaire pour aujourd’hui ? En mettant cette question en pratique, artistes et amateurs travaillent de nouvelles manières de faire, afin de trouver une vitalité plus haute pour tous. Ce laboratoire est étroitement lié a l’École des Actes, et se veut un lieu ouvert et hospitalier à toutes les jeunesses présentes sur le territoire.

D’autres ateliers de pratique artistique ont lieu : un des participants a constitué un groupe de danse coupé-décalé, qui rassemble depuis 2017 connaisseurs et novices de cette danse urbaine ivoirienne apparue dans les années 2000 ; un atelier de musique permet l’apprentissage du solfège (une autre entrée dans le langage écrit), ainsi que de l’improvisation vocale et rythmique ; un ciné-club est ouvert aux enfants tous les mercredis après-midi : les intervenants leur proposent de « lire » les images, exercice peu pratiqué à l’époque des écrans. Enfin la pratique du dessin est adressée aux enfants comme aux adultes, pour qui le support stylo/papier est parfois contrarié lorsque la personne n’a pas été scolarisée enfant.

LES ASSEMBLÉES

L’Assemblée est le travail fondamental de l’École des Actes. Sa raison d’être est d’abord de constituer une connaissance directe des situations de notre monde, non pas au travers de savoirs déjà existants, mais à partir de l’expérience et de la parole des gens eux-mêmes. Elle est ensuite de travailler à identifier ce qui manque. Une fois constituées des idées fortes et justes, l’École propose de les discuter dans des Assemblées publiques accueillies par divers centres d’art et musées (le Palais de Tokyo, le Musée national de l’histoire de l’immigration, le Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis) ou par la Salle des Quatre-Chemins d’Aubervilliers. Les Assemblées sont articulées aux ateliers délivrés le soir, plusieurs jours par semaine.
Suite à un travail patient d’écoute et de discussion, de nouvelles hypothèses se formulent, concernant des questions fondamentales. Chacune des Assemblées commence par une introduction, proposant une méthode de discussion autour d’une question posée par les participants lors de rendez-vous individuels, ou lors des précédentes Assemblées. Les discussions sont prises en note, puis réorganisées sous forme de déclarations communes pour l’Assemblée suivante. Il est alors imaginé ensemble si ces textes semblent assez justes pour être considérés comme une déclaration de l’École des Actes, ou s’ils doivent être encore travaillés, complétés.
Une des questions fondamentales des Assemblées, est de s’entendre sur une méthode de pensée et de dialogue. Cette méthode s’appuie sur la construction d’une confiance commune. Un des axes de cette méthode, c’est que les solutions politiques, sociales, culturelles, économiques existantes ne sont pas satisfaisantes, et qu’il s’agit de trouver de nouveaux chemins de pensée afin d’inventer de nouveaux chemins d’organisation commune. C’est aussi la difficulté de cette méthode : elle est en mouvement, et se construit au fur et à mesure des découvertes faites dans ces échanges.
L’École des Actes travaille à une mise en commun des expériences et des situations de chacun, afin aussi de constituer un groupe de personnes capables chacune de penser sa propre situation au regard d’un grand ensemble de questions politiques. Le travail, l’histoire, le théâtre public et l’art en général sont les questions principales soulevées lors des Assemblées. Les questions du droit en général et de la loi sont également un sujet fondamental.

ŒUVRES ET TEXTES : L’ÉCOLE COMME LIEU DE PRODUCTION

Poursuivant le travail de la rencontre entre des gens qui ne se rencontrent pas ou trop peu d’ordinaire, nous affirmons que des formes d’expression nouvelles et nécessaires peuvent et doivent surgir de productions artistiques engageant tous les participants de l’École des Actes. Quel art nous font-elles faire, ces rencontres ? Qu’attendent-ils de l’art, ces participants ; que lui demandent-ils ; que lui apportent-ils ?

1. Productions théâtrales avec le théâtre de la commune
Le Théâtre de la Commune a bien évidemment été le premier espace de monstration de projets artistiques écrits et produits avec des participants de l’école et joués par eux.

2. Autres productions artistiques
De nombreux artistes venant d’autres champs de la création (arts visuels, littérature, performance) se sont rapprochés de l’École des Actes, manifestant la nécessité de penser et de structurer un programme pluridisciplinaire de résidences artistiques de production.
Projet fondamental à la raison d’être de la structure – apprendre les uns des autres, les uns avec les autres –, le programme de résidences est un développement nouveau (2020) : celui d’associer chaque année de deux à quatre artistes en résidence de travail à l’École.

Chaque artiste associé s’engage à :
• prendre part aux ateliers déjà existants (langue, droit, pratique artistique) afin de bien connaître le fonctionnement de la structure et tous ses participants, salariés, volontaires et incrits) ;
• proposer un workshop d’une semaine ;
• produire une oeuvre inédite (vidéo, pièce courte, nouvelle, etc.) associant les participants de l’École au travail de production, dans une logique de co-création, et présentée publiquement pour la première fois à l’École des Actes.
Les artistes associés sont prioritairement des artistes vivant et travaillant en Seine-Saint-Denis, émergents comme de renommée internationale. Le projet de résidences profite à la fois aux participants de l’École et à de futurs spectateurs ou lecteurs des oeuvres produites dans ce contexte puisqu’elles contribueront à porter des récits et points de vue nés d’expériences de mixité sociale trop souvent invisibles.

3. Manifestes et textes d'actualités
Le patient travail des Assemblées donne, chaque année, un manifeste prenant la forme de formulations de droits qui n’existent pas encore et d’hypothèses nouvelles sur ce qui manque : « nous déclarons : chacun a besoin d’un droit de se déplacer librement, car le monde n’appartient à personne. et aujourd’hui, les marchandises viennent sur les grands bateaux, tandis que les humains sont privés de la liberté de circuler et traversent l’eau sur des zodiacs et les montagnes enneigées au péril de leur vie. » Les deux premiers Manifestes de l’École (2018 et 2019) font actuellement l’objet d’un projet éditorial.
Des textes d’actualité, répondant aux débat de société du point de vue de l’École, complètent les Manifestes.